J’ai marché vers quel rivage
Au-delà de quelle mer
Où les arbres font voyage,
Chercheurs d’aube en mes yeux pers.
J’ai tangué sans port d’attache
Au levant de tout soleil,
Qu’il irise ou qu’il me cache
Ce destin à moi pareil.
J’ai nagé entre les vagues
Pour saisir, vif, un bonheur
Qui serait comme la bague
Promise à tout ce qui meurt.
J’ai pensé : «vers quelle aurore
Va ce rêve évanescent
Pour qu’en soi le jour adore
En divins balbutiements?»
J’ai cherché vers quel silence
Fuit la brise qui l’entend,
Et l’instant de cette science
Qui se tait en bruissement.
J’ai scruté la sourde énigme
Où s’épuise tout l’humain,
Et quels sont les paradigmes
Qui président son matin.
J’ai fouillé les dits de l’âme
Qui n’ont mots, ni vers, ni son,
Et je sais que rien n’entame
Le mystère qu’ils me sont !
J’ai hanté le sens unique
D’un parcours plein d’inconnu,
Il allait où rien n’explique
L’insondable et le ténu.
J’ai brisé des certitudes
Qui n’étaient que le chaînon
Des sauvages amplitudes
Au-delà des oui, des non !
J’ai cédé au vent qui ploie
Mais ne brise qui ne veut,
Et j’ai su l’étrange joie
Qui m’est source, qui m’est feu !
J’ai sauvé l’heure opportune
Des menaces de l’oubli,
Moi j’en sais, moi j’en sais une
Qui me garde en ses replis.
Jacqueline Dubé, cbp 2008